
La population de Muël n’augmentera plus (et pourquoi c’est un problème)
janvier 6, 2026Je n’ai rien contre… mais je refuse qu’on nous fasse taire
Je n’ai rien contre le progrès. Je n’ai rien contre l’énergie. Je n’ai rien contre les antennes, ni contre les infrastructures quand elles sont pensées avec bon sens et respect.
Mais j’ai tout contre une chose : le silence imposé.
Parce que dans ce film, ce qui m’a bouleversée, ce n’est pas seulement le sujet technique.
C’est la même phrase qui revient, comme un couperet, dans la bouche de plusieurs agriculteurs :
- « On nous a pris pour des fous. »
- « On n’a pas été entendus. »
- « On était seuls. »
- « On a voulu me faire taire. »
- « C’est le déni de démocratie. »
Et ce qui est terriblement dérangeant, c’est que ces récits ne parlent pas d’un petit souci passager.
Ils parlent de vies entières.
Des éleveurs racontent des années de dégradation : troubles du sommeil, migraines, souffrance au quotidien… puis les animaux : comportements anormaux, problèmes de reproduction, mortalités, pertes économiques, détresse psychologique.
Et surtout, cette spirale qu’on connaît bien dans le monde agricole : quand quelque chose va mal, on commence par se sentir coupable. Dans le film, un point est dit avec justesse : quand l’exploitation dysfonctionne, l’éleveur se sent le premier responsable. Alors la parole se coince. Parce qu’en parler, c’est déjà prendre le risque d’être jugé. Et parce qu’en face, trop souvent, on répond : “ce n’est pas prouvé”, “vous exagérez”, “c’est ailleurs qu’il faut chercher”.
Ce que j’ai ressenti en écoutant ces témoignages, c’est une forme de violence invisible : quand on est déjà au bord, et qu’on vous refuse en plus l’écoute.
Des agriculteurs témoignent...

On ne sort pas indemne de cette phrase : « Le silence en échange de l’aide. » Des agriculteurs racontent des clauses de confidentialité, des expertises contestées, l’impression d’un système fermé où la parole n’a pas de place ...sauf si elle se tait.
"C'est du déni de démocratie" nous dit un des témoins
Et nous, ici, en Bretagne : même mur, même silence
Je vais être honnête : ce film nous renvoie aussi à notre réalité. Dans notre commune, nous avons tenté d’alerter, de demander des explications, de demander des garanties, de demander une écoute digne de ce nom. Et quand le dialogue local ne suffit plus, on se dit : « Au moins, l’État écoutera. » Nous avons sollicité la Préfecture en Bretagne. Pas pour faire du bruit. Pas pour “polémiquer”. Mais pour exposer une situation concrète : un projet structurant, des questions légitimes, et un malaise démocratique profond. Et pourtant, nous ne sommes pas entendus. Pas de rendez-vous. Pas de vraie rencontre. Pas de réponse à la hauteur du sujet. Et je le dis sans agressivité, mais avec gravité : quand le représentant de l’État ne reçoit pas des citoyens qui demandent simplement à être écoutés, cela nourrit la défiance. Cela donne le sentiment qu’il y a deux mondes : celui qui décide, et celui qui subit.
Ce que personne n’avait prévu : l’isolement ne marche plus
Dans le film, il y a un moment clé : quand des agriculteurs comprennent qu’ils ne sont pas seuls, qu’ils se regroupent, qu’ils osent parler, et que la peur change de camp. Et c’est exactement ce qui est en train de se passer chez nous. Car pendant qu’on nous renvoie au silence, des collectifs bretons se joignent désormais à nous. Des citoyens d’autres communes nous contactent, nous écrivent, nous demandent nos documents, nos démarches, nos erreurs, nos apprentissages. Ils nous disent : « Chez nous aussi, c’est arrivé. Chez nous aussi, ça se passe mal. Chez nous aussi, on n’a pas été consultés. » Ce mouvement, il ne vient pas d’un “caprice”. Il vient d’une réalité simple : à force de fermer les portes, on fabrique de la solidarité. Alors oui, on peut le dire : le peuple gronde. Pas contre le progrès. Mais contre l’opacité, les décisions “entre adultes”, et cette manière de traiter les habitants comme des variables d’ajustement.
Pourquoi j’écris ça, surtout pour les agriculteurs
Parce que vous savez mieux que personne ce que c’est que :
- tenir quand personne ne comprend, continuer quand on vous accuse,
- encaisser quand on vous dit “circulez”.
Et parce que le monde agricole est souvent le premier à payer quand l’environnement se dérègle : les animaux deviennent des sentinelles, les corps parlent, la production chute, le moral s’effondre… et pourtant, on vous demande de rester silencieux.
Je ne viens pas donner une “vérité toute faite”. Je viens dire une chose simple :
la parole des gens du terrain mérite le respect.
La parole des agriculteurs mérite le respect.
La parole des habitants mérite le respect.
Et quand cette parole est ignorée, le problème n’est plus seulement technique. Il devient démocratique.
Appel
Si vous êtes agriculteur, riverain, élu local, ou juste habitant d’une commune bretonne confrontée à ce type de projet : contactez-nous.
On ne gagnera pas en restant chacun dans son coin.
On avance quand on partage les infos, les démarches, et qu’on refuse l’isolement.
Ce qu’on demande, concrètement
- Être reçus et écoutés, au niveau de l’État, sans mépris.
- Des réponses claires, accessibles, vérifiables.
- Une transparence totale sur les études, les choix, les alternatives, les engagements.
- Le respect, tout simplement : respecter nos vies, nos enfants, nos animaux, notre travail.
Parce qu’un village (et un territoire agricole) ne peut pas tenir longtemps si la règle devient : “Décider d’abord. Expliquer après. Écouter jamais.”
