
Le devoir de réserve n’est pas un bâillon
janvier 5, 2026La population de Muël n'augmentera plus
(et pourquoi c'est un problème)
Des témoignages dessinent le portrait d’un village dont l’avenir interroge.

Une stagnation démographique malgré un potentiel existant
Pour qu'il y ait une vie de village, il faut du monde. Pour qu'un commerce fonctionne, il faut des clients. Pour que les classes d'une école soient maintenues, il faut des élèves. Pour que la présence d'une crèche soit justifiée, il faut des enfants. Pour que tout ça tienne, il faut des foyers.
Sauf que les nouveaux foyers, Muël en manque !
L'ancienne municipalité avait pourtant laissé en 2020 un lotissement prêt à être viabilisé, ce projet n'a jamais vu le jour et la population stagne. D'après les chiffres publiés par l'Insee, la population de Muel s'élève à 927 habitants en 2025. Muel enregistre donc une augmentation de 0,6% d'habitants.
Un pourcentage dérisoire !
Nous sommes allés à la rencontre de ces 0,6% nouveaux habitants, et selon eux, il ne fait pas si bon vivre à Muël... Un mauvais point pour la démographie du village.
Des nouveaux habitants déçus : « Si nous avions su, nous n’aurions pas acheté à Muël (Bretagne) »
3 nouveaux foyers ont emménagé récemment, et sans le savoir, à moins de 100 mètres de l'emplacement validé par la municipalité (et nous rappelons que 70 foyers sont à moins de 300 mètres ).
Aucun d'eux n'a été informé en amont de leur achat immobilier de ce projet, qui leur sera pourtant préjudiciable.
Aucun d'eux n'a été entendu et considéré par les élus malgré leurs multiples demandes de rendez-vous.
Un profond silence... voici l'accueil que réserve la municipalité de Muël à ses nouveaux habitants. Nina, une jeune femme séduite par la vie locale dynamique s'est installée à Muël il y a un an avec pour projet de créer un lieu d'accueil (chambres d'hôtes et lieu de ressourcement) et refuge LPO (Ligue de Protection pour les Oiseaux). Son projet, avorté dans l'oeuf, a été court-circuité par l'affichage du permis de construire d'une antenne-relais de 25 mètres au bout de son jardin en mars 2025 : "Abasourdie par une décision d'implantation au coeur du bourg et juste à côté de l'école, nous avons aussitôt demandé avec mes voisins à rencontrer le maire pour discuter de ce projet d'implantation qui s'est décidé en huis-clos, sans aucune concertation des habitants. 10 mois plus tard, nous n'avons jamais obtenu cette concertation, comment ne pas se sentir ignorés et méprisés par les élus ? La municipalité a piétiné mon rêve.
J'ai perdu l'envie de vivre ici à Muël mais financièrement je suis pieds et poings liés, je ne peux plus partir."
Ce constat est partagé par Aude, installée récemment avec sa famille et dont la fille est inscrite à l'école Les P'tits Pitaos qui se tient à moins de 100 mètres de l'emplacement choisi pour l'antenne-relais : "Je suis surprise de la non communication de ce projet avant notre arrivée .(lire notre article un projet mené dans l'ombre).
Moi qui pensais que dans un village il y avait de la transparence et de la communication avec les habitants, il semblerait que je me sois trompée.
Si nous avions eu l’information de cette implantation d’antenne lorsque nous avons visité nous n’aurions jamais acheté cette maison. Si cette antenne voit le jour devant notre jardin, l’achat de notre maison restera la plus grosse erreur que nous aurons faite en venant habiter à Muël."
Ce regret est ressenti aussi par Véronique, nouvelle habitante à Muël : "J'ai choisi de m'installer à Muël au mois de septembre 2024 après avoir demandé, au mois de juillet, à la mairie si des projets étaient en cours (ndlr: l'arrêté a été signé par le maire Patrick Chenais en juin 2024). Une réponse négative m'a rassurée.
J'ai été enchantée de m'installer dans ce village dynamique et paisible avec la nature préservée en proximité immédiate. La nouvelle de l'implantation d'une antenne-relais à moins de 50 mètres de mon jardin, face à mes fenêtres, a été un choc. Si j'avais eu connaissance de ce projet, jamais je n'aurais acheté !
Si je souhaite ou si je dois vendre, qui se portera acquéreur d'une maison avec vue sur une antenne-relais ?"
Une qualité de vie menacée et des infrastructures fragilisées
Une question se pose : la qualité de vie à Muël va-t-elle perdurer ? Avec une démographie stagnante, peut-on assurer la pérennité des infrastructures ?
Des parents envisagent de déscolariser leurs enfants de l'école Les P'tits Pitaos.
C'est le cas pour Aurélie, maman de deux enfants scolarisés à l'école : "Aujourd'hui pour respecter notre choix de vie pour nos enfants nous réfléchissons à enlever nos enfants de l'école et à déménager."
S'il y a moins d'enfants à la fréquenter, l'école Les P'tits Pitaos résistera-t-elle ? S'il y a moins de foyers à s'installer à Muël, ou d'autres à quitter le village faute d'y trouver la qualité de vie attendue, la vie locale pourra-t-elle perdurer ? Les commerces tiendront-ils si Muël n'accueille pas de nouvelles familles ?
Les enfants devront-ils aller à l'école et la crèche dans d'autres communes ?
Quels seront les moyens donnés aux associations locales, aux projets communaux, à la réfection des infrastructures s'il y a moins de foyers à participer économiquement à la taxe foncière ?
L'image de Muël durablement dégradée
Le constat est amer pour les nouveaux foyers : "Une municipalité pareille décourage de vivre à Muël. Leur accueil est inexistant. Comment avoir envie de vivre dans un village où l'on sait qu'en tant que nouveaux habitants nous ne serons pas entendus, que nous recevrons du mépris de certains ?
Les élus en place ne veulent pas de nouveaux habitants ! Ils n'ont pas de projets d'avenir pour la commune, sinon ils accueilleraient chaleureusement les nouveaux foyers, en particulier les jeunes actifs qui viennent fonder une famille et proposer de nouvelles activités pour le village. Aujourd'hui, je déconseillerai à quiconque de s'installer à Muël..."
Alexis, un jeune homme cherchant à s'installer avec sa famille, a renoncé de s'établir à Muël : "Je prospectais sur la commune de Muel et ses alentours pour m'y installer. Le besoin de se rapprocher de la nature et d'une vie plus rurale s'est fait sentir. L'effervescence de la ville, les sollicitations permanentes et l'hyper-connexion pesant de plus en plus sur mon couple (maintenant responsable d'un nouveau-né), nous nous sommes donc tournés vers des communes préservées telles Muël pour s'installer.
C'est alors que j'ai appris le projet d'installation d'un relais de téléphone mobile au cœur du village, quand celui-ci me semblait si serein et à l'abri du stress de la ville.
Quel dommage de sacrifier ce village, son esthétique et son âme pour offrir à ses plus jeunes habitants un moyen de s'isoler encore plus sur leurs téléphones et pour les plus anciens, d'abolir une certaine quiétude qui est pourtant plus que bienvenue dans ce coin de Bretagne où la rêverie et les contes sont maîtres."
Muël perd en attractivité,
Fragilisée par une polémique née d’un manque de concertation municipale et par une démographie qui peine à progresser.
Or dans une commune rurale, chaque famille compte : pour l’école, pour les commerces, pour la vie associative, pour l’équilibre économique et social du territoire.
Quel sera l’avenir du village ?
Les prochaines élections municipales offriront peut-être à Muël un nouvel élan, l’opportunité de renouer avec une dynamique plus positive et de rétablir la confiance, tant avec les habitants qu’avec les futurs foyers.

